architectures à deux battants

    "Le rouge tel qu'on se l'imagine, couleur sans limites, essentiellement chaude, agit intérieurement comme une couleur débordante d'une vie ardente et agitée.

Elle n'a cependant pas le caractère dissipé du jaune, qui se répand et se dépense de tous côtés. Malgré toute son énergie et son intensité, le rouge témoigne d'une immense et irrésistible puissance, presque consciente de son but. Dans cette ardeur, dans cette effervescence, transparaît une sorte de maturité mâle, tournée surtout vers soi et pour qui l'extérieur ne compte guère."

    Ce rouge tel que le décrit Kandinsky , ou plutôt cette imagination du rouge qu'il nous livre, quelle devient-elle dans la réalité -si c'est bien une réalité qui se profile sur les murs de l'espace de création- ? Réalité parce que c'est là une matière, que l'on voit se construire, évoluer, désirs de couleur changeants, taux de pigmentation variables. Kandinsky entre dans une description presque organique des déclinaisons de rouge, de celui-là qui "sonne comme une fanfare où domine le son fort, obstiné, importun de la trompette", de cet autre qui "brûle avec régularité", fort d'une puissance "sûre d'elle-même qui ne se laisse pas aisément recouvrir", de celui-ci qui possède la "véhémence de la passion, l'ampleur des sons moyens, graves du violoncelle", pour décrire, comme on le ferait des variations d'un thème, l'impact de la couleur sur les corps.
    Si j'extrais ces images presque exclusivement sonores du texte de Kandinsky, ce n'est pas tant qu'elles sont l'unique aspect qu'aborde le peintre pour rendre compte du corps des couleurs; mais c'est qu'à entrer dans l'espace de création de la Chambre (originellement blanche), il est évident qu'il y est question de vibrations. Et que ces vibrations pourraient aussi bien se donner sonorement. "Quand deux choses se rencontrent, elles font vibrer l'air / et produisent un son. Attaque, déclin, maintien, relâche. /(…) Le son -trace d'existence- est le signe d'une visite." Ces mots que Mamoru laissait lors de sa résidence à la Chambre en novembre dernier, entrent en résonance avec le travail de Robbin. Tout corps entre en vibration avec l'espace qu'il traverse; ici il est impossible d'entrer sans vibrer. Dans les lignes droites qui couvrent les murs orientés est et ouest, comment ne pas voir des portées musicales, où la fugue, plutôt que de s'inscrire entre les lignes, se serait déportée sur les murs nord et sud pour produire ces longues ondulations dans lesquelles l'œil se perd si aisément? "Je partirai tout comme le son s'évanouira", avait écrit Mamoru. Quant à nous nous entrerons et le son, ou la vibration, se produira.

    C'est du moins ce à quoi je m'attends. Elles sont vertigineuses, toutes les autres pistes possibles pour explorer cette création… je ne témoigne que du son, c'est celle qui m'a saisie; mais attendons que l'espace soit ouvert pour explorer plus avant tous ces chemins possibles… A vendredi!